Tahar Ouamane est né en 1954 à Biskra, au quartier M’cid. Sa famille « Ouamane » ou « Béni Ouamane », a toujours vécu à Biskra. Elle s’occupait de la recherche et la localisation des sources d’eau souterraines, et c’est ce qui lui a probablement valu ce nom.
Au primaire et au lycée, Tahar s’illustra comme le plus brillant dessinateur de sa génération. En 1971, le journaliste et écrivain Mohammed Balhi publia un article intitulé : « Où en est la peinture dans Le Sud ? » où il évoqua le nom du jeune Ouamane à l’occasion du concours de peinture organisé par l’office du tourisme de la ville. Ouamane était évidemment lauréat, et cet écrit l’a encouragé à persévérer dans sa voie.
En terminale, à Constantine, son établissement mit l’atelier de peinture à sa disposition. Il se retrouve lauréat de l’exposition de la semaine culturelle de la ville en 1974, ce qui lui a permis d’être sollicité par l’union nationale des arts plastiques. L’écrivain Mouloud Achour lui consacra plusieurs écrits dans Algérie-Actualités et El Moudjahid.
En 1975, il tient sa première expo personnelle à la Galerie Racim. En juillet de la même année, une exposition lui fut consacrée à Sofia, en Bulgarie où il bénéficia d’un stage sur la gravure. Attiré par son style, le Ministère de la Culture le désigna comme illustrateur de la revue littéraire « Amal ». Il illustra de nombreux ouvrages édités à la Sned, entre autres, « Soleil d’aplomb » de Merzak Bagtache, « La lettre Lumière » de Belkacem Khammar, « Pleurs sans Larmes » de Abdelkader Saïhi, «L’Exproprié » de Tahar Djaout, « Déminer La Mémoire » de Djamal Amrani, « Rakesh, Vishnou et les autres » d’Anouar Benmalek, «Les dernières vendanges » de Mouloud Achour... Tahar Ouamane a bien voulu répondre à quelques une de nos questions. A sa manière…
Votre parcours est éloquent. Mais vous n’êtes pas très présent dans les médias nationaux…Au primaire et au lycée, Tahar s’illustra comme le plus brillant dessinateur de sa génération. En 1971, le journaliste et écrivain Mohammed Balhi publia un article intitulé : « Où en est la peinture dans Le Sud ? » où il évoqua le nom du jeune Ouamane à l’occasion du concours de peinture organisé par l’office du tourisme de la ville. Ouamane était évidemment lauréat, et cet écrit l’a encouragé à persévérer dans sa voie.
En terminale, à Constantine, son établissement mit l’atelier de peinture à sa disposition. Il se retrouve lauréat de l’exposition de la semaine culturelle de la ville en 1974, ce qui lui a permis d’être sollicité par l’union nationale des arts plastiques. L’écrivain Mouloud Achour lui consacra plusieurs écrits dans Algérie-Actualités et El Moudjahid.
En 1975, il tient sa première expo personnelle à la Galerie Racim. En juillet de la même année, une exposition lui fut consacrée à Sofia, en Bulgarie où il bénéficia d’un stage sur la gravure. Attiré par son style, le Ministère de la Culture le désigna comme illustrateur de la revue littéraire « Amal ». Il illustra de nombreux ouvrages édités à la Sned, entre autres, « Soleil d’aplomb » de Merzak Bagtache, « La lettre Lumière » de Belkacem Khammar, « Pleurs sans Larmes » de Abdelkader Saïhi, «L’Exproprié » de Tahar Djaout, « Déminer La Mémoire » de Djamal Amrani, « Rakesh, Vishnou et les autres » d’Anouar Benmalek, «Les dernières vendanges » de Mouloud Achour... Tahar Ouamane a bien voulu répondre à quelques une de nos questions. A sa manière…
Franchement, en débutant ma carrière, je ne m’attendais pas à atteindre une grande notoriété ! Mais une chose est sûre, je n’ai jamais souhaité m’embourgeoiser de l’art ou en faire commerce, malgré ma situation sociale… Mon père ne m’a jamais encouragé à gagner de l’argent avec l’art. Il m’avait expliqué un jour que « l’art est une philosophie », et je me souviens de cette phrase comme s’il me l’avait dite hier. Ce n’est que des années plus tard que j’ai compris le sens de ses mots. L’art est d’abord passion, pas une profession, et son exercice est dur et délicat. Au début de l’année 1975, à Alger, j’étais obligé de prendre position sur certaines questions politiques. J’ai commencé à militer pour la cause du savoir, de l’émancipation de la culture et je me suis mis du côté des intellectuels qui dénonçaient la démagogie de la direction de l’union des artistes de l’époque. C’était le fameux groupe des « 35 peintres», dont j’étais membre avec Issiakhem, Khadda, Kerbouche. Nous avions défié les responsables des unions dites professionnelles, malgré les intimidations.
J’ai réalisé plusieurs fresques murales relatant les causes justes des masses laborieuses et leurs préoccupations, notamment à l’université d’Alger.
J’ai réalisé plusieurs fresques murales relatant les causes justes des masses laborieuses et leurs préoccupations, notamment à l’université d’Alger.
Mais où puisez-vous donc toute cette inspiration ? Et pourquoi autant de couleurs, de genres et d’expérimentations artistiques ?
Dans ma petite enfance, j’ai découvert, comme tous les enfants de mon âge, l’école coranique et la magie de l’écriture sur la planche de bois qui nous servait de cahier, « el louha ». L’écriture des versets et sourates, calligraphiés à avec une encre artisanale, le « smaq », aux tons marrons nacrés fusionnés aux bistres dégradés, et à l’aide du « calame », me fascinait, surtout que ce simple morceau de roseau permettait de donner le mouvement que l’on voulait à la lettre arabe… et à toutes nos fantaisies de gamins. L’ornement de la planche après chaque étape de l’apprentissage était l’occasion de donner libre cours à notre imagination, à notre sensibilité. Ainsi naissaient, les formes géométriques et les arabesques imaginaires, dessinées avec spontanéité et puisées de l’environnement immédiat : la maison bien sûr, la poterie, ses motifs, ses formes et ses symboles, la tapisserie et ses signes, la diversité des couleurs de la palmeraie... Toutes ces couleurs, tous ces objets sont des sources d’inspiration.
L’intimité avec la planche s’arrêta lorsqu’il fallait rejoindre l’école primaire à l’âge de six ans. La langue change, les idées aussi… On découvre des mots qui n’existent pas dans notre environnement, et l’écriture bien sûr… C’est toute la richesse de mon vécu qui me rend curieux, introspectif, toujours à la recherche de nouvelles pistes artistiques, si j’ose dire.
L’intimité avec la planche s’arrêta lorsqu’il fallait rejoindre l’école primaire à l’âge de six ans. La langue change, les idées aussi… On découvre des mots qui n’existent pas dans notre environnement, et l’écriture bien sûr… C’est toute la richesse de mon vécu qui me rend curieux, introspectif, toujours à la recherche de nouvelles pistes artistiques, si j’ose dire.
On vous connait à la fois comme peintre, céramiste, photographe et porté sur la poésie et les Belles Lettres. Mais quelle forme d’expression privilégiez-vous en réalité ?
Les matériaux véhiculant l’expression artistique sont infinis, mais tous nous imposent en priorité la minutie, la clarté et l’envie de perception car le public, de nos jours, possède une culture générale beaucoup plus riche et diversifiée qu’avant. Il est devenu très exigent. Le malheur, c’est que certains produits artistiques sont imposés, et cela devant l’absence de la critique et de spécialisation des évaluateurs.
C’est l’argent qui impose le produit culturel, c’est la publicité autour du produit qui fait sa renommée, bien que ce genre de produit se fane rapidement…
L’œuvre complète et accessible à tous est celle composée d’éléments où se confondent les outils de toutes les expressions artistiques et littéraires : vous pouvez imaginer un morceau de musique qui s’adapte avec une peinture, un film en écoutant un poème, comme vous voyez des couleurs en méditant une symphonie…
C’est la culture sensorielle de l’homme qui lui permet de s’exprimer dans le genre qu’il choisit. L’œuvre issue de la conviction s’incruste spontanément dans la mémoire du récepteur, sans hésitation. Pour moi, l’œuvre d’art plastique est maitresse parmi les autres genres car l’esthétique plastique devient plus forte et miraculeuse grâce à la science informatique.
C’est l’argent qui impose le produit culturel, c’est la publicité autour du produit qui fait sa renommée, bien que ce genre de produit se fane rapidement…
L’œuvre complète et accessible à tous est celle composée d’éléments où se confondent les outils de toutes les expressions artistiques et littéraires : vous pouvez imaginer un morceau de musique qui s’adapte avec une peinture, un film en écoutant un poème, comme vous voyez des couleurs en méditant une symphonie…
C’est la culture sensorielle de l’homme qui lui permet de s’exprimer dans le genre qu’il choisit. L’œuvre issue de la conviction s’incruste spontanément dans la mémoire du récepteur, sans hésitation. Pour moi, l’œuvre d’art plastique est maitresse parmi les autres genres car l’esthétique plastique devient plus forte et miraculeuse grâce à la science informatique.
Beaucoup d’artistes peintres nationaux s’essaient au Sud mais ne font, en fait, que reproduire des clichés en mimant les orientalistes du 19ème et 20ème siècle. Ne peut-on pas représenter le Sahara autrement ?
Il me semble que le problème réside dans le manque de sérieux dans la conception de la formation artistique dans nos écoles qui incitent les élèves à se cacher dans le décoratif et le tachisme plus que la figuration qui nécessite une grande minutie et la méthodologie adéquate. A travers le dessin des personnages, notamment ceux vêtus de costumes traditionnels, ils découvrent et s’initient aux proportions, les valeurs des ombres et le savoir dessiner. L’enfant algérien connait mieux le quotidien de sa famille et les traditions de sa patrie, il pourra dessiner et peindre, sculpter en s’inspirant d’une thématique réaliste. Les orientalistes n’ont tracé que quelques scènes superficielles qui n’ont jamais servi à lire la société dans tous ses aspects. Ils nous ont fascinés avec les techniques, mais sans nous transmettre la sensibilité et l’expression de la réalité. Pour cela, les personnages arabes de l’époque, de même que l’atmosphère dans laquelle ils étaient figés, était « standard » : ce sont toujours les mêmes couleurs, les mêmes compositions, c’était de la photographie certes, mais pas une banque de données iconographique. Nous avons perdu l’élan de formation de l’art figuratif, même dans nos écoles des Beaux Arts. Nous ne devons pas singer les nations qui possèdent des centaines de musées figuratifs et qui versent aujourd’hui dans l’art moderne… Nos enfants, il faut leur apprendre d’abord à bien dessiner !
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