lundi 7 janvier 2008

"... Les créateurs et les artistes algériens ont brillé dans différents domaines, particulièrement dans le domaine des arts plastiques qui a enfanté des artistes de renom tels Issiakhem, Racim, Khadda, Baya, Boukhatem, Samsoum, Ziani, Ouamane et Boukerche."

(Mr. Abdelaziz Bouteflika , Président de La République, extrait de l'allocution du 7 juin 1999)
PARCOURS ARTISTIQUE:

Tahar Ouamane, né le 12 mars 1954 à Biskra (Algérie).
1958-1960:
Suivait l'école coranique à Tébessa où il découvrait la lettre arabe et l'ornement de la planche coranique.
1960-1969: études primaires et générales à la ville de Tébessa.
1969-1974: études générales et secondaires à Biskra et Constantine. Elève remarqué en dessin depuis l'enfance, ses premiers travaux reflétaient la vie quotidienne et les paysages de son environnement.
Exposa entre 1969 et 1973 à Tébessa, Biskra, Constantine et Alger où il présenta les scènes populaires, les ruines et les oasis...
En été 1973 il séjourna à la corniche Jijelienne (Algérie) où il peignait ses derniers paysages…
Appartient à la scène artistique depuis 1974, Lors du succès rencontré à l'occasion de son exposition au palais du Bey à Constantine, il devient membre de l'Union Nationale des arts plastiques. Participe la même année à l'exposition nationale tenue au palais du Bey à Constantine.
1975:
Présente sa première exposition personnelle à la Galerie " Racim " à Alger, intitulée "Testament des cendres", œuvres inspirées de la philosophie arabo-musulmane.
Participe à l'exposition arabe "Palestine" Galerie Racim à Alger. - Congrès des artistes arabes Galerie des quatre Colonnes - Alger.
Exposition "Grand prix d'Alger" Galerie des quatre colonnes Alger. Palais des Nations Alger.
Exposition personnelle à la Galerie "125" Sofia- Bulgarie.
Stage de gravure aux ateliers SAMOKOV, Bulgarie.
Nommé chargé d'études au service technique de la SONATOUR (1975-76).
Illustrateur de la revue littéraire "AMAL" et collaborateur avec l'entreprise nationale du livre (1975-1986), il illustre plus de 250 œuvres littéraires d'auteurs Algériens et étrangers.
1976:
- Exposition personnelle à la galerie Mouloud Feraoun Alger.
- Participation à la Biennale de l'illustration à Berlin (R.D.A.).
- Exposition Algérienne à Bonn (R.F.A.).
- Réalise sa première fresque à Skikda (Algérie).
- Elu secrétaire national à l'UNAP lors du congrès des artistes algériens.
1977:
- Réalisation de fresques à l'entrée de l'université d'Alger et à travers les villages agricoles.
1978:
- Participe à l'exposition mondiale de la jeune peinture à la Havane (CUBA).
- Réalisation d'une fresque murale à la Havane (CUBA).
- Participe à l'embellissement de la ville d'Alger.
1979:
- Réalisation d'une fresque murale à la ville de Biskra (Algérie).
1980:
- Expositions itinérantes du groupe des 35 dont il est membre fondateur avec Issiakhem, Khadda, Kerbouche.
1981:
- Réalisation d'une fresque à Koléa (Algérie).
1982:
- Participe à l'exposition "20 ans de peinture algérienne" au musée national des Beaux-arts Alger.
- Réalisation de fresques à l'université d'Alger à l'occasion du 20emme anniversaire de l'indépendance.
- Participation au 1er salon de l'art moderne à la galerie Mouloud Feraoun Alger.
1983:
- Réalisation de fresques murales à Sedrata et Koléa (Algérie).
-Voyages en Espagne et Cuba.
1984:
- Réalisation de fresques murales à Ghazaouet à Tlemcen (Algérie).
1985:
- Réalisation de fresques en céramique à la maison de culture et au musée régional de Sétif (Algérie).
- Exposition personnelle à l'Union des Ecrivains Algériens "Illustrations et poésie" Alger.
1987:
- Distinction d'honneur du Président de la République Algérienne à l'occasion du 25ème anniversaire de l'indépendance.
- Participation à la 1ère Biennale Internationale d'Alger.
1988:
- Exposition personnelle à la galerie du centre culturel d'Alger.
- Réalisation du "Monument du Maghreb Arabe" (150m2) à Oran (Algérie).
1989:
- Réalisation de fresques en céramique à la maison de la culture de Biskra (Algérie).
1991:
- Voyage à Fès au Maroc : étude sur la céramique marocaine traditionnelle.
- Exposition au palais de la culture Alger "Testament de Hammourabi".
-Voyage à Florence en Italie.
- Réalisation d'une fresque en céramique et décoration des halls à la Radio Nationale Algérienne.
1992:
- Participe à la Biennale "Sénart 92" France.
- Exposition à la galerie "El Wassiti" Oran (Algérie).
- Exposition "Salon des arts islamiques" au palais de la culture Alger.
- Exposition "S.O.S Somalie" Salle Mougar Alger.
1993:
- Exposition "peintres du ciel" Moissy-Cramayel France.
- Exposition Internationale à la galerie "Very Spécial-Art" à Washington DC, USA.
- Participe à la 11ème Biennale Internationale de GABROVO Bulgarie.
- Expose au 12ème Salon d'Art Plastique de Marne la Vallée, France.
1994:
- 1ère exposition "Eclipse de la mémoire" à la galerie Khadda "El jahidhia"-Alger.
- Exposition au Palais de la culture - Alger.
- Exposition "Rétrospective de la peinture algérienne" Palais de la culture, galerie "Isma" Alger.
- Exposition à la galerie Convivart - Cesson - Paris (France).
- Réalisation de fresques en Céramiques à Blida (Algérie).
- Participation au 13ème Salon d'Art Plastiques Marne La Vallée Paris (France).
1995:
- Participation au Salon de la peinture Arabe Galerie Imhotep Paris (France).
- Expose au "Cercle des Arts de Paris" (France).
- Participe à l'exposition internationale "L'écriture dans l'art contemporain Marne La Vallée Paris France.
- Exposition à la Galerie La Rossa. Pise (Italie).
- Exposition Personnelle à la 2ème Biennale Internationale de Chariqa. Emirats Arabes Unis.
1996:
- Exposition Itinérante "Eclipse de la mémoire" Biskra, Tipaza, Tissemsilt, Ouargla, Alger ...
- Réalisation d'une stèle en céramique (150m2) à Tissemsilt (Algérie).
-Participe à la triennale de SEN'ART 1996.France.
-Théâtre de Verdure Alger.
-15éme Salon d'Art Contemporain Marne La Vallée, France.
1997:
- Exposition au CASIF - Complexe Touristique de Sidi Fredj (Algérie).
- Participe à l'exposition Internationale "Small Size" Pise, Italie.
- Exposition à la maison de la culture d'Ouargla (Algérie).
- Exposition "Printemps des arts" Tipaza (Algérie).
- Participation à la 3ème Biennale Internationale de Chariqa (Emirats Arabes Unis).
- Exposition à la "Fondation Culturelle " Abou Dhabi (E.A.U)
- Exposition au Burjuman Galerie -Dubaï- (E.A.U).
- Exposition au Fujaïrah Exhibition (E.A.U).
1998:
- Réalise la collection "Poèmes Nacrés". Travaux sur verre et sous verre à Dubaï (E.A.U).
1999:
- 1ère Exposition de "Poèmes Nacrés" au Palais de la culture - Alger - Sponsorisé par L'UNESCO - Pen International - Union des Ecrivains Algériens et l'Office National des droits d'auteurs.
2000:
- 15ème Festival de la poésie Mohamed Laid Al Khalifa - Biskra - (Algérie).
- Exposition de "Poème nacrés" à l'occasion de la journée Nationale de l'artiste -Tipaza- (Algérie).
2001:
-Participe à l'exposition internationale sur la calligraphie et les lettristes " Le visuel et l'audible dans la calligraphie" , au Musée de Chariqa (EAU).
-Exposition individuelle à l'Union des Ecrivains Algériens. Alger.
2002:
-Participe à la 10eme Biennale internationale Afro-asiatique à Dacca.
- Exposition personnelle "Poèmes vitrés», œuvres inspirées de l'Iliade de Moufdi Zakaria, sous le Haut Patronage de Mr Le Président de la République Abdelaziz Bouteflika, à Ghardaïa.
-Exposition de vitrail à la Galerie Founoun intitulée "Eve d'Algérie".
2003:
Exposition individuelle « Babylone blessée » à l'occasion du Séminaire" Moufdi Zakaria à l'hôtel Aurassi, Alger.
-Réalise une fresque en céramique « l'Oasis des signes » à l'Université de Biskra.
-Organise une exposition personnelle au Conseil de la Nation, Palais Zirout Youcef, Alger.
-Exposition Personnelle au Palais de la Culture à l'occasion du 22e Congrès des Ecrivains Arabes, Alger.
2004:
-Participe à l'Exposition Internationale à l'occasion du "Centenaire de Salvador Dali" à « Sala Barna », invité par Batik Art, Barcelone, Espagne du 12 au 31 mars 2004 ...Sponsorisé par "Techno Sam" Ets Samir Houti. Algérie
-Expos Collective au Nouveau Musée de Tipasa (Villa Angélvy) à l'occasion de la Journée Nationale de l'artiste.
. -Participe au Quatrième Festival de la Poésie : " Al Mutanabbi " sous le thème " L'art Plastique et La Poésie" à Zurich (Suisse) , invité par le Centre Culturel Arabo-Suisse .
2005 :
Participe à la Biennale Internationale de Téhéran,
-réalise la collection de vitraux « Voyage des signes » à l'occasion du 19eme sommet arabe à Alger.
Expose à la Bibliothèque Nationale d'Algérie une partie de la collection « Voyage des signes ».
2006 :
-Ouvre un espace culturel à Hammamet en Tunisie où il réalise plus de 450 œuvres au cours de l'année 2006, entre monotypes, toiles et la collection « Poèmes en Cristal » : travaux sur verre et cristal en volume…
-Participe au salon des Arts graphiques organisé par « Arts et Cultures » à Alger,
-Expos collective à la Cité des Sciences, Alger.
-Journée de l'artiste à Tipasa, Villa Angelvy.
-Expose au Centre Culturel de la Radio Nationale.
2007 : Expose la collection « Légende d'un miroir » à la Bibliothèque Nationale d'Algérie à l'occasion des « Nuits de la Poésie Arabe ».
-Invité d'honneur au Salon du Printemps à La Fondation Alyssa (Tunisie).
-Expose 77 oeuvres de la collection " Odyssée des Signes" à la Bibliothèque Nationale d'Algérie , à l'occasion du 1er Colloque des Bibliothèques Nationales Arabes, tenu du 14 au 16 mai 2007.
Ses œuvres figurent dans plusieurs collections privées et musées en Algérie, Pays Arabes, Europe, Asie, Australie et en Amérique...



« Tout conseil de la part de quiconque n'est nullement dérisoire », Ceci étant posé , un avenir radieux offre de nouveaux horizons à ce jeune .Tout tableau effectué engendrera effectivement une pensée de plus. Et par principe, les rivières aboutissent aux fleuves…
Mohamed Balhi - Quotidien « An Nasr » 1971.


… C'est ainsi que pour peindre, il s'inspire dans l'originalité de la thématique de son choix, refusant de se conformer à un quelconque modèle ou individualité influente…
Si l'on analyse de prés ses œuvres, il y a de quoi s'émerveiller. Remarquons que certains de ses sujets « parlent » ou mieux, instaurent le dialogue des pensées. Il y a transmission du message ! Il s'identifie par rapport à son âme, à ses aptitudes artistiques pour arriver à ses fins…
Ali BENBELGACEM - Quotidien « El Moudjahid » 1972


…Ouamane est un artiste disposant de moyens intellectuels et d'une maitrise qui font que sa jeunesse aidant, il est à même de dépasser rapidement la phase de recherche et créer une œuvre à la mesure des espoirs placés en lui…

Mouloud ACHOUR , Hebdomadaire « Algérie Actualités »1975



Ouamane Tahar : Le peintre poète

Par Mohamed Benbaghdad.
L'exposition de peinture qui se tient la galerie Mouloud Feraoun, place Emir Abdelkader regroupe trente travaux du jeune artiste Ouamane Tahar.
Le vernissage qui s'est fait mardi dernier a drainé un bon public, à juste titre, l'artiste Ouamane étant un jeune qui a beaucoup évolué, et qui nous propose ici une série d'œœuvres consacrées à une recherche toute originale, où le courage joue un rôle déterminant, dans la mesure où l'artiste n'éprouve aucun complexe à expérimenter des idées sur l'art pictural.
Aucun élément qui servirait d'analyse afin de le situer plastiquement, n'existe dans cette exposition. L'artiste lui-même se refuse à parler de son art comme partie surréaliste ou hyperréaliste, non-plus un art abstrait puisque des images figuratives apparaissent dans plusieurs de ces œœuvres, visages féminins, nature stylisée, dunes de sable, palmiers, chameaux, toute une poésie qui chante le sud algérien.
Ouamane n'en est pas à une première expérience dans cette voie picturale. Plusieurs peintures furent exposées avant lors d'expositions personnelles et collectives. Aujourd'hui l'artiste a atteint un point de maturité qui lui assure une continuité de création artistique dans la forme artiste qu'il a choisie.
Composée essentiellement de gauches et aquarelles, ce souci de description du paysage saharien prend chez Ouamane un volume où les capacités techniques favorisent l'imagination très fertile chez celui-ci.
Ouamane propose une poésie de graphiques, une richesse de coloris chauds qui s'harmonisent d'eux-mêmes.
Mais aussi ce symbolisme parfait, réalisé en rythmes modernes, dynamiques et suggestifs, laisse-t-il au spectateur le choix du rêve, et de la traduction. L'art de ce jeune artiste est communicatif, transmet des idées, des couleurs, se situe de plein pied dans le domaine d'une recherche picturale qui demande beaucoup de réflexion.
Dans cette foret de gestes picturaux aboutis, Ouamane s'affirme comme l'un des artistes de la nouvelle génération, des plus doués, qui ont dépasse le cap des hésitations, pour engager leur art dans une orientation qui refléterait le mieux la personnalité individuelle, et ce souci de produire du nouveau, d'enrichir la création artistique.
Ouamane est déjà connu, pour ses illustrations dans la revue « Amal », pour ses très belles peintures aux couleurs chatoyantes, pleines de lyrisme.
Un artiste qui a toutes les perspectives d'évolution pour une consolidation de son œouvre, qui s'annonce déjà pleine de ressources et d'inspiration.

Mohamed Benbaghdad. Algérie-Actualités, mai 1976



Les œuvres de Ouamane sont des grains d'or
Semés dans le champ du grand art.
Espérant que de bons fruits vont naitre.
Les pas de la caravane font l'écho dans mon cœur.
Le soleil dans mes tympans bat sans pitié.
Et je comprends partout c'est la beauté.
Un grain de sable nacré du désert ; gouttes d'eau.
D'une perle sur les lèvres assoiffées.
Rayons de lune dans la nuit de la blanche clarté.

Lubomir Christov (Poète bulgare, Sofia 1975)



Le pinceau se révolte, s'allume à jamais…
Fais que tes couleurs s'éparpillent
Se muent en nuages
En éclair dans le cœur du vent
Fais que tes couleurs
Une enfance aussi leste que l'aube naissante
Une rivière… Ou plutôt une ferme
Bourgeonnant de chansons.
Fais que tes couleurs s'éparpillent
Et prennent la forme de l'amour
Dans le cœur de l'homme.

Hamri BAHRI ,
Extrait du recueil « Les Giroffles » ENAL 1986, traduction : Merzak BAGTACHE.



« ECLIPSE DE LA MEMOIRE »
LA CHEVAUCHEE DU SIGNE FANTASTIQUE

Par Anissa Kendil (Linda Graba) mai 1994

Les civilisations du monde ont toujours imprégné leur socle naturel, sculptant tous les reliefs de l'histoire. Aux origines de l'écriture, perdure encore le parcours long et passionné de la mémoire des hommes. La miroitante culture des signes préserve le temps mais inspire depuis toujours l'univers du peintre maghrébin.

« L'ECLIPSE de la mémoire », telle est la thématique travaillée de l'exposition itinérante du peintre Tahar Ouamane. Quelques 35 tableaux ornent les murs du siège de l'Association El Jahidhia depuis son ouverture pour le vernissage, mercredi dernier.
Une exposition formant une palette de toiles aux surfaces particulièrement ciselées de signes. La peinture de Tahar Ouamane, au-delà du détail de l'enchevêtrement des caractères, ne suscite pas seulement l'attention du regard mais interpelle toute une signification dans cette curieuse farandole de lettres.
Les évanescences de couleurs claires sur plusieurs strates amalgament la calligraphie arabe au signe berbère, modulant sur l'harmonie des caractères du Tiffinagh entre des univers civilisationnels que la sensibilité de l'artiste, sous la générosité du trait exécuté au pinceau, rend symbolique.
Etrange osmose des signes à la croisée des chemins, sous la belle fluidité de la lumière. Les caractères tracent et délimitent les contours de leurs espaces propres, envahissent par moment dans le désordre des sens toutes les mémoires du monde.
Enlacées ou séparées ou encore parfaitement assemblées, toutes ces cultures du signe racontent la déraisonnable genèse.
Le mythe s'inscrit dans tous les recoins de la surface au confluent d'un Orient de rêves, sur les mirages du désert, plus loin vers la hauteur des pyramides, sous les millénaires d'histoire africaine. Là où surgit la première légende des hommes libres.
De ces fastes épousailles des signes sous l'impulsion du qalam qu'enjolive le Tiffinagh, commence le récit d'une nouvelle naissance à l'aube des autres clartés.
La folle tourmente de l'histoire engendre une offrande spontanée qui aiguise l'imagination fertile du peintre. Sans le vouloir, presque machinalement, le travail sur les signes engendre le mouvement d'une conscience profonde, celle d'un socle commun.
Invisibles mais indélébiles, les pas de l'humanité entière dans cet habile brassage sont imprimés sur la terre : d'autres signes apparaissent, des hiéroglyphes savants à la complexité de la culture phénicienne, s'arrêtent dans la Grèce antique, passant par la riche imprégnation des lettres arabes.
Tous les signes rejoignent la même mémoire, celui d'un langage artistique qui, dans une osmose naturelle, rappelle une civilisation bien plus grande que l'homme, parce qu'infiniment universelle.
S'il évoque avec une curieuse beauté l'éclipse magique des mémoires. Tahar Ouamane sait en tout cas ravirer toute l'étendue féerique d'un nouveau langage : la chevauchée fantastique des signes.

Anissa Kendil ( Linda Graba) " El Moudjahid" 14 mai 1994
Tahar OuamanePeindre, c'est aussi écrire.
Par Ali El Hadj Tahar : Critique d'art

Ouamane s'inscrit dans la lignée des peintres instables : ce n'est pas qu'il n'ait pas encore trouvé son style ou ses mythes, mais que ceux - ci sont trop nombreux à vouloir faire la fête dans son art. Il a d'abord été un adepte du « surréalisme », qualifions ainsi un genre proche du langage de Salvador Dali et que les artistes et les critiques arabes désignent souvent du nom passe-partout de « symbolisme ».Ensuite, au début des années 1980, Ouamane abandonne ce « style » au profit des signes, qui sont généralement des lettres et des inscriptions arabes. Chez Ouamane, ce recours à la lettre arabe exprime une vision idéologique et culturelle fondée sur le rêve de la renaissance des Lumières omeyyades, abbassides et andalouses d'antan. L'élément berbère est parfois présent dans cet enchevêtrement de signes et de calligraphies pour dire une aspiration à ce que les éléments des deux cultures, arabe et berbère, qui cherchent à se positionner en Algérie coexistent en harmonie : celle des Amazighs, ces hommes libres, et celle des Arabes ces hommes fiers.
Mais la réalité socioculturelle du pays est tout autre puisque le pouvoir politique continue à favoriser l'arabe, alors que la langue et la culture berbères subissent un véritable ostracisme. Néanmoins, dans le flou ou l'antagonisme des rapports qui les lient, ces deux éléments d'une même identité aspirent à un équilibre que le peintre arrive à trouver, quant à lui, dans sa peinture même s'il n'est pas évident dans la réalité sociologique en dépit du fait que la nation ne puisse être remise en question dans la diversité et la richesse de ses fondements, diversité des fondements pars ailleurs reconnue même au niveau constitutionnel.
Ainsi donc, avec Ouamane nous sommes d'emblée dans le registre du politique, idéologique et culturel, même si la recherche essentielle de son art est d'abord et avant tout esthétique et technique. Tout en s'inscrivant dans la modernité, cet artiste a trouvé un ancrage réel , profond et puissant dans une culture arabe et musulmane qui offre le ferment et la sève à tout projet artistique y recherchant ressourcement, inspiration ou articulation philosophique, théologique ou autre. Les bases culturelles, idéologiques, philosophiques et littéraires de Ouamane l'ont donc naturellement mené à cette réflexion sur la calligraphie et cette volonté de la revisiter pour peindre à partir de l'art des grands miniaturistes, enlumineurs et calligraphes d'antan. Et comme chez ces maîtres, peindre c'est aussi écrire – ou plutôt comme l'acte de peindre est lié à celui d'écrire -, Ouamane peint autant qu'il écrit. Peinture et écriture sont alors essentiellement nouées dans son travail qui ne renvoie pas à la simple graphie ou la simple calligraphie mais à toute la culture de l'écrit et du livre qui le fascine.
De par sa culture et son ancrage profond dans le patrimoine qu'il veut véhiculer et faire valoir, Ouamane a réussi mieux que la plupart de ces nombreux peintres qui ont cherché à s'inspirer de ce passé. D'ailleurs, certains d'entre eux n'y connaissent rien, et ayant seulement suivi la mode, d'autres n'ayant pris que les artifices et apparences des arts anciens de l'islam, croyant qu'ils sont une simple juxtaposition de signes ou de motifs sans profondeur philosophique ou métaphysique aucune. Beaucoup de ces peintres dits du « signe » se sont contentés de reproduire des motifs anciens et ont remplacé le calame par un pinceau occidental pour croire avoir trouvé un genre ou un style, faute d'avoir trouvé une voie ou expression personnelle et puissante. Ils se cherchent entre la modernité et la tradition, croyant que l'art consiste à imiter les anciens ou à s'écarter des voies occidentales.
Par contre, Ouamane a pénétré la source de ces arts avec les bases essentielles pour leur compréhension et renouvellement. Il n'a pas cherché à imiter les ancêtres, ni à se distinguer de l'art occidental mais, fort de sa culture moderne, il a pu aller aux sources de sa culture ancestrale pour être soi-même.
Son cheminement est personnel et profond et n'obéit à aucun effet de mode. Il s'est posé des questions essentielles et a su trouver les réponses qui font que sa peinture ne soit pas une juxtaposition d'idées empruntées, mais une réflexion fondée sur une connaissance solide de la culture arabomusulmane qui -entre autres bases culturelles-sert d'articulation à son œuvre.En outre, si la lettre arabe et même le motif décoratif arabe ou musulman sont les éléments fondamentaux d'une culture nationale, les autres signes qu'ils soient latins ou africains et qui font pourtant partie intégrante de la culture de ce pays, ne doivent-ils pas eux aussi leur place ?Cette hégémonie de la lettre arabe ne sera donc qu'un moment de la peinture et des questionnements de Ouamane. Aujourd'hui, palimpseste sur palimpseste, strate sur strate, ses œuvres racontent des millénaires d'histoire, tantôt paisibles comme une cour d'Alhambra,tantôt tourmentées comme ces terribles batailles, qui sur cette terre algérienne, ont vu s'affronter des hommes ne possédant ni la même culture ni le même Dieu.La composition est fondamentale chez cet artiste qui a d'abord été un « surréaliste » et surtout un bon dessinateur. Par souci de la composition, Ouamane fait de constants clins d'œil à la mise en page de la miniature et de l'enluminure.
Ainsi, dans Signes en apesanteur, la peinture est construite en deux parties. Le haut - qui occupe les deux tiers de l'œuvre – est chargé de signes, tandis que la partie inférieure est à peine traversée par quelques motifs. Deux losanges s'inscrivent en haut et se dissolvent progressivement au milieu des signes blancs, bleutés, et ocre qui passent au rouge. Silex est un agencement géométrique de lettres et de signes indéchiffrables. Tantôt fine, tantôt épaisses, les « lettres » forment un triangle entre deux rectangles.L'oasis nacrée évoque un damier ou des carreaux de faïence dont les bords sont parcourus de signes. Le fond est noir, et sur deux cases, en haut, se dessine un losange formé d'un entrelacs calligraphié,lui aussi, de motifs dansants. Dans Eclipse de la mémoire, l'espace du tableau est vide ou presque est vide ou presque, sauf en bas à droite où se trouve un parallélépipède, une espèce de bâtiment qui évoque la Qaaba, et tatoué de signes, de ces espèces de hiéroglyphes, de lettres en tifinagh et en arabe qui, au fond, forment l'écriture nouvelle, inventée, récurrente chez Ouamane. Le reste du tableau est traversé par des touches verticales bleutées, qui font vibrer le noir qu'ils balayent. Tous ces travaux s'imposent au regard par leur architecture solide, leur finesse et la spiritualité qui les sous-tend. Car Ouamane, tout en faisant une œuvre profane, renvoie malgré lui à la métaphysique des arts de l'islam qui loue la grandeur et la puissance du Créateur.
En outre, l'œuvre de Tahar Ouamane est dense,surchargée. Elle se veut le réceptacle d'une histoire et d'une culture importantes qui ont eu leur temps de gloire et pour lesquels l'Histoire n'a pas entièrement refermé ses portes. Chez ce peintre, la lettre arabe est dominante mais sans élan, elle réveille d'autres signes : caractères et motifs berbères, phéniciens, latins, grecs… Elle réveille la Méditerranée car elle sait maintenant que les racines d'un peuple sont multiples.
Maintenant que nous avons saisi l'essentiel de l'œuvre récente de l'artiste, revenons à des travaux plus anciens, pour comprendre non pas la genèse du travail actuel ni sa base, mais l'exigence de l'artiste et le mouvement de sa réflexion et celui de la pensée qui sous tend son travail depuis le début. Dans les années soixante dix donc, Ouamane était un peintre surréaliste, soucieux de la densité et du discours de l'œuvre. Le dessin, la couleur, la composition, le rêve, l'imagination et la culture étaient au service de la « parole » de la peinture afin qu'elle dise les idées et les préoccupations, les pensées et les sentiments de l'artiste, en basant sur une mythologie arabe et saharienne pour l'essentiel car on retrouvait dans son travail beaucoup de symboles et de référents de ces régions : le cheval, le désert, l'arbre…D'emblée, cette peinture marquait l'enracinement de l'artiste dans sa culture nationale et arabe avec un coté visionnaire attaché aux principes de liberté, de justice et de nation. Les centaines d'illustrations qui a également réalisées pour les éditions de livres algériens le placent dans cette optique révolutionnaire.
Progressivement, sa peinture se délestera de la figure pour adopter les motifs et les signes de la culture, notamment les lettres alphabétiques arabes qui feront de cet artiste un chantre d'une civilisation qui a tout pour être un motif de fierté, car elle a donné dans tous les domaines, des sciences aux mathématiques, de l'art à la littérature et la poésie, de l'architecture et l'urbanisme à la théologie et la philosophie avec en plus la prise en charge de la traduction de l'héritage grec qu'elle a mis en valeur et perpétué. L'art de Ouamane devient alors l'expression d'un engagement pour la prise en charge et sa propre civilisation et sa propre culture en vue de participer à leur épanouissement et renaissance. Et c'est cela aujou
rd'hui le coté révolutionnaire de sa peinture. Evidemment, l'œuvre de Ouamane est plus vaste que ce projet et cet idéal, aussi nobles soit-ils car elle dit aussi – comme tout l'art islamique auquel elle renvoie, réhabilite et fait évoluer – la beauté de l'Orient et de la Méditerranée, la beauté de nos paysages, de nos villes…
Ouamane est de ces rares peintres qui ont pris la lettre et la calligraphie arabes comme sujets et qui en font un usage subtil, moderne, mais pleinement ancré dans la philosophie et la métaphysique qui sous – tendent les arts musulmans sans pour autant rester limité à cette problématique ou cette métaphysique. Certes, autrefois les arts dits musulmans – calligraphie, miniature, enluminure – étaient surtout versés au profit de la propagation de la foi, mais Ouamane et quelques autres artistes qui se sont réappropriés cette calligraphie et ces arts le font dans une optique profane, laïque. Il dit, certes, aussi la beauté et la complexité de l'univers, mais son discours ne se contente pas de cela et ne le fait pas pour simplement dire et louer la puissance et le pouvoir d'Allah. Ainsi, Ouamane ne s'intéresse-t- il pas aux aspects eschatologique, théologique et religieux de la calligraphie et de ces arts, mais à leur coté esthétique, à leur beauté plastique, à leur complexité et leur richesse afin que toute la nation arabe se les réapproprie comme ils se les réappropriés, lui. La dimension moderne de sa peinture n'est pas dans le refus d'une expression occidentale ni dans l'adoption d'un langage de tradition orientale, mais dans la capacité du peintre à communiquer l'universel dans un style et une esthétique qui ont des siècles mais qui recèlent des possibilités de renouvellement lorsqu'ils trouvent les artistes à même de le faire. Rares cependant sont les artistes qui ont su renouveler l'esthétique des arts de l'Islam. Fort de sa culture moderne,Ouamane ne renvoie pas uniquement à l'esthétique musulmane, mais aussi à l'art contemporain et certains de ses peintres préférés, parmi lesquels les constructivistes et les peintres de l'Optical Art, comme Vasarely. Mais les arts de l'Islam n'ont-ils pas devancé en modernité certains arts d'aujourd'hui ?
Certes, la peinture de Ouamane entre dans le cadre d'une école du signe ou école calligraphique très large, fondée essentiellement sur la mise en valeur de sa propre culture. Mais cet artiste n'accepte pas la notion de « retour aux sources », préférant parler de « nahdha » et de renaissance, car la notion de « retour » implique, à tout le moins un refus du présent comme l'a analysé Frantz Fanon dans Peaux noires, masques blancs .Sa connaissance des fondements intrinsèques de la culture et de l'esthétique arabes et musulmanes se traduit dans son œuvre qui est tantôt éblouissante, tantôt subtile ; qui cherche tantôt le raffinement, tantôt la pureté et l'élévation…Cette connaissance l'a préservé des errements dans les modes du signe et autres archaïsmes de certains peintres du signe qui n'ont compris ni Khadda ni les arts musulmans et arabes.
Dans une esthétique fondée sur la subtilité et la rigueur des arts anciens de l'Islam, Ouamane traduit des questionnements culturels et identitaires, mais aussi politiques qui interpellent tout Algérien, tout Arabe et tout musulman comme vient de le faire une guerre injuste livrée contre le Liban et celles qui durent contre la Palestine et l'Irak.

Ali El HADJ TAHAR
Tassili-Magazine n°47/sept-Novembre 2006
L'artiste Tahar Ouamane expose ses œuvres :
Un tissage d'images et de signes de haute facture

(aps)

A travers le jeu fascinant et mystérieux des voiles et du lettrisme, il réussit à faire ressortir un maillage d'images et de signes abstraits qui nous plonge dans le legs civilisationnel duquel il puise.
En balayant du regard les œuvres de l'artiste Tahar Ouamane, le visiteur perçoit cette remarquable fibre poétique déclinée dans une formulation iconographique contemporaine. Le patrimoine arabo-musulman est la source d'inspiration de l'artiste peintre Tahar Ouamane qui expose, jusqu'au 30 du mois en cours, une série d'œuvres au centre culturel Aïssa-Messaoudi de laRadio nationale. Ses signes qui vivent dans le circuit de l'expérimentation, nous édifient sur son souci de la sauvegarde d'un patrimoine ancestral, d'une part et la recherche de nouveaux accents contemporains, d'autre part. Comprenant vingt-quatre tableaux, répartis entre peintures sur papier et sur verre, la collection présentée com-prend des œuvres réalisées dans les années 1990 ainsi que celles conçues entre l'an 2000 et 2006, période durant laquelle il a tenu à conférer de l'épaisseur à ses œuvres en introduisant un support artistique : le miroir. Les œuvres de la première période, dont celles réalisées selon la technique mixte et portant notamment des titres tels que «Lumière mélodie», «Ecorce en mouvement» et «Symphonie du signe», reprennent les graphies arabes, sumériens, araméens et berbères avec en toile de fond des passages de l'Illyade du poète Moufdi-Zakaria. «C'est toujours l'Illyade de Moufdi-Zakaria qui me stimule, m'inspire, me donne la première étincelle d'une création», a indiqué Tahar Ouamane, précisant qu'«il essaye de cultiver, dans cette première série, plusieurs dimensions, expressions et profondeurs». L'artiste a cette faculté de parvenir avec une habilité et une remarquable sensibilité poétique à fondre une sorte d'esprit culturel propre de sa terre, avec une formulation iconographique contemporaine. Tissage d'images et de signes abstraits à travers lequel ressort le jeu fascinant et mystérieux des voiles et du lettrisme qui nous rend explicite la référence à la culture dans laquelle il puise : le legs civilisationnel. La deuxième série est, quant à elle, réalisée selon la technique développée depuis 2001, c'est-à-dire des poèmes, sur vitre et miroir, inspirés de la poésie populaire, du signe séculaire avec un regard sur l'enfance et «particulièrement sur la période de l'apprentissage sur les tablettes coraniques».
Il laisse émerger le patrimoine calligraphique de ses aïeux à travers des œuvres dont la palette comprend le violet, le bleu prusse, le jaune d'or et beaucoup de couleurs végétales, car «rappelant le manuscrit». Cette collection présentée est inspirée, selon l'artiste par les œuvres des grands poètes dont celles de Salah Harzallah, Slimane Djouadi, Abdelkader Saïhi, et Azzedine Mihoubi .

Algérie Presse Service.22 janv.2007


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